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Arrivée du 43e R.I à Bouvignies

Une Bouvignienne, âgée de 88 ans, se souvient de septembre 39.

Septembre 1939

Des affiches sont collées près du Café Dupuis, à l’angle de la rue Basse et de la rue Neuve. Je lis "les hommes des classes... matricules... sont appelés à la Mobilisation Générale. Vite, je rentre à la maison, je cherche le livret militaire de mon père, qui est au travail. Une grande angoisse me saisit. J’ai 13 ans et j’ai peur de voir mon père partir à la guerre. Il a déjà fait celle de 1914-1918.

Mon cousin, Charles Wion, viendra dans la journée faire ses adieux. Il est mobilisé !!!
Peu de temps après, arrivent les soldats du 43ieme. L’usine de pantoufles Lefevre a été réquisitionnée et chez nous, ma chambre l’a été pour y loger le sergent Deconchy. Ma mère a installé une cuvette en faïence décorée, le pot assorti, le porte-savon : tous les ustensiles nécessaires à la toilette. Tous les jours, elle assurera le service de femme de chambre, apportant le matin l’eau pour les ablutions matinales ! Pas de salle de bain à l’époque, ni d’eau courante !

Mon père est allé voir les soldats logés en partie à l’étage de l’usine. Dans la cour, invité par un soldat, il a vu leur installation sommaire. Il revoit ce qu’il a vécu en 1914, s’en émeut, fait la connaissance de militaires, contents de trouver du réconfort auprès de lui. Ils lui confient que la famille leur manque beaucoup ainsi que le café qu’on déguste chez soi en se levant. Le lendemain matin, ma mère fait "une marmite" de bon café et nous voilà partis assurer le service, munis d’une louche. Il est extra, paraît-il et nous renouvelons quotidiennement l’opération pendant un certain temps. Par la suite, "les chouchous" (aux yeux des autres), viennent remercier ma mère, qui les adopte ! Elle aussi a vécu 1914-1918, avec les Allemands, leurs réquisitions, leurs perquisitions.

Une fois par semaine, ils viennent prendre le repas du soir, fait par ma mère, payant leur quote-part, oubliant l’ennui, évoquant leur famille. Il y avait "Laurel et Hardy", un Denaisien (dont la femme était infirmière) Joly de Barlin (le seul à ne pouvoir retourner chez lui). Son fils naîtra lorsqu’il sera fait prisonnier. Deux autres complètent le groupe et certains filent rejoindre leur famille, en fin de semaine.

Ils connaissent l’ennui, habitués à une vie active pénible. Je les accompagnes, avec la Denaisienne, au bois de Marchiennes, où ils doivent creuser des tranchées, tâche rendue ardue avec les arbres, et qui allaient servir à quoi ?
Ils ont quitté le village, y laissant bien des souvenirs. Quand ? J’avais repris les études et lorsque je suis revenue pour les congés de Noël (?) des troupes anglaises les remplaçaient.

Des Écossais se promenaient dans les rues du village sous le regard ahuri des gens ! Les jupes intriguaient beaucoup. Ils avaient de tout en abondance (contrairement à ceux du 43e). Ils nous donnaient du chocolat, des biscuits, des cigarettes. Les cafetiers ne se plaignaient pas, l’alcool, le vin se vendaient très, très bien.
Lors d’inondations, ils avaient été employés à "re-creuser" les fossés, qui n’avaient jamais été aussi bien curés.

Quant au 43ième, il avait été envoyé sur la frontière pour nous protéger contre l’envahisseur.

A la " pannerie Delmer" sur la route d’Orchies, des troupes venues d’Indes occupaient le terrain. Nous avons découvert d’autres soldats tout de blanc vêtus, avec turban sur la tête, engagés dans l’armée anglaise. Ils n’avaient pas l’air de comprendre ce qu’ils faisaient là.

Solange MILVILLE-DAUPHIN

Publié le vendredi 12 septembre 2014

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Bouvignies - Pour notre village - Janvier 2015

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